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Zoom making a living

Pour gagner sa vie (Making a Living)

Dans sa première comédie, tournée du 5 au 9 janvier 1914, Chaplin n’a pas encore adopté son célèbre personnage ou son costume. Son rôle est celui d’un dandy suspect qui aspire à devenir journaliste ; il porte un haut-de-forme, une redingote, un monocle et une moustache. (Il adopta plus tard une variation de ce costume pour le professeur Bosco – le propriétaire d’un cirque de puces – dans sa comédie inachevée pour First National, The Professor.) Le personnage, les petits effets comiques et le costume sont directement inspirés de la période de Chaplin dans les spectacles de Fred Karno. Malheureusement, le réalisateur Henry Lehrman (qui joue le rôle de son rival), coupera les meilleurs gags de Chaplin au montage. « Henry Lehrman a avoué des années plus tard l’avoir fait exprès, » écrivit Chaplin dans son autobiographie, « parce que, comme il le disait, il trouvait que j’en savais trop. »

Terminé et expédié le : 14 janvier 1914
Sorti le : 2 février 1914
Scénario : Reed Heustis
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Henry Lehrman
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom little tramp in front of camera

Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice)

Charlot est content de lui est un film précieux car il nous permet de voir les réactions du premier public de Chaplin – les spectateurs de la course d’automobiles – aux pitreries de Charlot. Charlot est content de lui fut tourné lors de la deuxième « Pushmobile Parade », une course de voiturettes pour enfants qui se tenait le 11 janvier 1914 à Venice, Californie. Le film, improvisé (prétendument tourné en seulement quarante-cinq minutes), a comme ressort comique le personnage de Charlot qui réussit à se mettre dans le champ d’un cameraman essayant de filmer l’évènement. D’abord, les spectateurs ne savent pas quoi penser de ce drôle de petit bonhomme. Est-il réellement un gêneur ? Au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue, leur perplexité se change en amusement. A la différence d’autres comiques, Chaplin se positionne immédiatement comme partie intégrante du public. Film d’une demi-bobine (d’un métrage de 150m ou moins), Charlot est content de lui est à l’origine sorti en même temps que le film éducatif Olives and their Oil.

Terminé et expédié le : 17 janvier 1914
Sorti le : 7 février 1914
Scénario : Reed Heustis
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Henry Lehrman
Durée : une demi-bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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L'Étrange aventure de Mabel (Mabel's Strange Predicament)

L’Étrange aventure de Mabel est en réalité le premier film tourné par Chaplin dans le costume de Charlot. Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice) a été tourné juste après la première scène de L’Étrange aventure de Mabel, mais à cause de sa durée plus courte, Charlot est content de lui a été achevé et expédié pour être distribué avant. Ceci est confirmé non seulement par les souvenirs de Chaplin mais aussi par les souvenirs de Hans Koenekamp (l’opérateur du film) et Chester Conklin (qui joue le rôle du mari). Le personnage de Chaplin est décrit comme « un séducteur en état d’ivresse ». Dans sa toute première scène, Chaplin eu suffisamment de jugeote pour créer tellement d’effets comiques qu’il s’avéra difficile d’en couper au montage. Sennett était peu disposé à laisser les plans durer plus de 3m. Le plan d’ouverture de Chaplin dure plus de 22m. Chaplin fit remarquer à Sennett, « si c’est drôle, quelle importance ? », et Sennett fut d’accord. L’Étrange aventure de Mabel est non seulement le premier film tourné par Chaplin en Charlot mais aussi sa première tentative pour créer son propre style comique.
L’Étrange aventure de Mabel est la première d’une série de comédies Keystone dans laquelle Chaplin reprend le personnage de l’ivrogne qu’il avait perfectionné chez Fred Karno. Mack Sennett avait été surpris de découvrir la jeunesse de Chaplin lors de leur première rencontre. Ceci poussa Chaplin à adopter la moustache comme camouflage, ainsi qu’à choisir un maquillage qui le vieillisse – en accentuant les rides naso-labiales. Il ne le refera plus par la suite. Le quiproquo dans l’hôtel avec Mabel Normand enfrermée hors de sa chambre ne portant qu’un pyjama comportait une charmante provocation pour l’époque, et anticipait des situations que Chaplin créa pour Un béguin de Charlot (Caught in the Rain) et Charlot fait la noce (A Night Out) (1915).

Terminé et expédié le : 20 janvier 1914
Sorti le : 9 février 1914
Scénario : Reed Heustis
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mabel Normand
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom between showers

Charlot et le parapluie (Between Showers)

Charlot et le parapluie a été inspiré par les pluies torrentielles qui se sont abattues sur Los Angeles. L’énorme flaque d’eau au bord de la route utilisée dans le film suggère la violence de ces averses. Ce film violent et improvisé, qui a pour objet une scène galante entre une jeune femme (Emma Clifton) et le propriétaire d’un parapluie était en partie destiné à mettre en valeur Ford Sterling. Le policier (Chester Conklin), auquel, à l’origine, le parapluie a été volé, récupère son précieux objet à la toute fin du film. C’est le dernier film de Chaplin réalisé par Henry Lehrman, avec qui Chaplin avait des différences de vues. Plusieurs des caractéristiques du Vagabond y sont déjà mises en évidence : la manière dont il prend un virage (tournant brusquement, dérapant, tenant un pied en l’air et se balançant sur l’autre pied), son pied de nez iconoclaste, son haussement d’épaules et la manière dont il se couvre la bouche quand il rit.

Terminé et expédié le : 7 février 1914
Sorti le : 28 février 1914
Scénario : inconnu
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Henry Lehrman
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom film johnnie

Charlot fait du cinéma (A Film Johnnie)

Dans une salle de Nickelodeon, Charlot tombe amoureux d’une jolie « Keystone Girl » (Virginia Kirtley) qu’il voit à l’écran. Ejecté manu militari du Nickelodeon à cause de son comportement indiscipliné, il se dirige vers les studios Keystone et sème la panique sur de nombreux plateaux. Un incendie dans le quartier déclenche le départ d’une équipe de cameramen de la Keystone pour filmer l’événement. Charlot les suit et réussit à gâcher également le film de leur intervention. Son brûlant désir de fréquenter les gens de cinéma s’éteint finalement quand il est arrosé par la lance à l’incendie des pompiers. Chaplin ne pensait pas que le réalisateur du film, George « Pop » Nichols, était meilleur que Henry Lehrman. Chaplin se remémorait Nichols dans son autobiographie comme ne connaissant « qu’un seul gag, qui consistait à prendre un comédien par le cou et à l’expédier d’une scène dans la suivante. J’essayé de proposer une technique un peu plus subtile, mais lui non plus ne voulut pas en entendre parler. ‘Nous n’avons pas le temps !’ s’écria-t-il. Tout ce qu’il demandait, c’était d’imiter Ford Sterling. » Cependant, parmi les moments les plus précieux du film, on trouve des improvisations de Chaplin avec un revolver. L’emploi de l’arme comme cure-dent, ou pour allumer une cigarette avec un coup de feu marquent les débuts de son utilisation du comique de transposition.

Le titre du film est une variation sur le terme « a stage-door Johnny » (un jeune homme qui fréquent la compagnie des actrices et des chorus girls). Le film a des similitudes avec Charlot grande coquette (The Masquerader), Charlot débute (His New Job, 1915) et Charlot fait du ciné (Behind the Screen, 1916) en offrant des aperçus fascinants de l’atmosphère des studios dans les premières années de Hollywood. Plusieurs membre de la troupe Keystone (Henry Lehrman, Roscoe Arbuckle et Ford Sterling) apparaissent dans Charlot fait du cinéma dans leur propre rôle.

Terminé et expédié le : 11 février 1914
Sorti le : 2 mars 1914
Scénario : Craig Hutchinson
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : George Nichols
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom tango tangles

Charlot danseur (Tango Tangles)

Mack Sennett prend des dispositions pour que ses acteurs les plus importants – Chaplin, Ford Sterling, Roscoe Arbuckle et Chester Conklin – improvisent une comédie, tournée en partie au dancing de Venice sur la jetée Abbott Kinney. Le film traduit l’engouement pour le tango aux Etats-Unis au début des années 10. Sterling joue le chef d’orchestre, Arbuckle un musicien et Chaplin un client ivre, qui se disputent l’attention de la préposée au vestiaire (Minta Durfee). Charlot danseur, comme les scènes d’ouverture de Charlot grande coquette (The Masquerader), donne un précieux aperçu du beau visage de Chaplin sans maquillage, sans costume, comme dans la vie. Le combat comique entre Chaplin et Sterling (dans son dernier film avec Chaplin) n’est pas sans évoquer la chorégraphie improvisée de Chaplin dans le rôle de l’ivrogne du sketch de Karno, Mumming Birds, lorsqu’il affronte « Marconi Ali », le Terrible Turc, et anticipe les nombreux duels comiques de ses films futurs tels que les combats entre Chaplin et John Rand dans Charlot chez l’usurier (The Pawnshop, 1916).

Terminé et expédié le : 17 février 1914
Sorti le : 9 mars 1914
Scénario : Mack Sennett
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom favpastime

Charlot entre le bar et l'amour (His Favourite Pastime)

Le passe-temps favori de Charlot est de boire à la taverne du coin. Ivre, il suit une séduisante jeune femme (Peggy Pearce) jusque chez elle. Mais le mari outragé, avec lequel il avait déjà eu une altercation dans la taverne, le malmène et le jette dehors.

Chaplin se souvient dans son autobiographie que Peggy Pearce fut sa première relation sérieuse à Hollywood. C’est le seul film où ils apparaissent ensemble.

Chaplin a beaucoup moins utilisé les stéréotypes raciaux et l’humour visant les noirs que les autres grands comiques du muet – Roscoe Arbuckle, Harold Lloyd, Buster Keaton et Harry Langdon. Chaplin disait des afro-américains : « Je ne me moque jamais de leur humour. Ils ont trop souffert pour me faire rire. » Cependant on peut voir de temps en temps un blanc maquillé en noir à l’arrière-plan des premières comédies de Chaplin. C’était l’usage dans ce temps-là, il y avait peu d’acteurs afro-américains à Hollywood en 1914. Charlot entre le bar et l’amour est le film qui compte le plus d’exemples d’acteurs blancs maquillés en noir (« black face ») et d’humour aux dépens des noirs dans l’œuvre de Chaplin à la Keystone.

Terminé et expédié le : 19 février 1914
Sorti le : 16 mars 1914
Scénario : Craig Hutchinson
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : George Nichols
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot marquis (Cruel, Cruel Love)

Chaplin, en redingote et haut-de-forme (similaire à son costume dans Pour gagner sa vie) interprète un gentleman fortuné dans une comédie inhabituelle. Le gentleman est un amant attentif et heureux jusqu’au moment où sa fiancée (Minta Durfee) rompt leurs fiançailles, croyant l’avoir surpris dans une situation compromettante avec la bonne. Déprimé, Charlot avale ce qu’il pense être du poison. Mais le majordome se moque des peines de cœur de son employeur car il sait que le verre ne contient que de l’eau. Charlie s’imagine en enfer, torturé par des diables brandissant des fourches et entouré de flammes. Lorsqu’une lettre de sa fiancée arrive, lui demandant pardon et lui offrant une réconciliation, la panique remplace la douleur, et il appelle ses médecins pour le sauver. S’ensuit une parodie de course contre la montre chère à D.W. Griffith, avec un montage alterné montrant les deux médecins et la fiancée se précipitant à son secours. Quand le gentleman découvre qu’il n’a pas avalé de poison, en plein tohu-bohu, il prononce une violente diatribe contre son majordome et les docteurs, et le couple réconcilié tombe dans les bras l’un de l’autre. La séquence dans laquelle Chaplin avale un verre d’eau croyant qu’il contient du poison et plus tard boit un verre de lait comme antidote anticipe une séquence similaire dans Monsieur Verdoux (1947).

Terminé et expédié le : 5 mars 1914
Sorti le : 26 mars 1914
Scénario : Craig Hutchinson
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : George Nichols
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot aime la patronne (The Star Boarder)

Charlie est le favori de sa logeuse (Minta Durfee), et reçoit plus d’attentions que son mari (Edgar Kennedy) ou son petit garçon (Gordon Griffith). Le garçon malicieux photographie secrètement plusieurs situations compromettantes avec son appareil photo et provoque un scandale lorsqu’il les présente au cours d’un spectacle de lanterne magique, devant les résidents de la pension.

Le bref et excentrique match de tennis entre Charlie et sa logeuse n’est pas un hasard. Chaplin adorait le tennis, et cette passion durera du début des années 20 jusqu’en 1966, lorsqu’une cheville fracturée et une série de petites attaques le forcèrent à abandonner définitivement le sport.

Terminé et expédié le : 19 mars 1914
Sorti le : 4 avril 1914
Scénario : Craig Hutchinson
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : George Nichols
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom mabel at the wheel

Mabel au volant (Mabel at the Wheel)

Chaplin – habillé d’un haut-de-forme, d’une redingote et arborant une barbiche – imite l’immigrant allemand « Dutch », personnage créé par Ford Sterling qui venait de quitter la Keystone. Sennett demanda donc à Chaplin de reprendre le rôle. La première bobine comprend des scènes tournées lors de la course de la Coupe Vanderbilt à Santa Monica le 26 février 1914. Chaplin était très mécontent du film. Il était en désaccord avec la réalisatrice Mabel Normand – qui n’aimait pas le comique façon Karno – et il n’aimait pas l’idée d’imiter Sterling. Le point positif de cette expérience fut la promesse de Sennett de lui permettre de réaliser ses futurs films.

Terminé et expédié le : 31 mars 1914
Sorti le : 18 avril 1914
Scénario : Mabel Normand/Mack Sennett
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mabel Normand/Mack Sennett
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom 20 minutes of love

Charlot et le chronomètre (Twenty Minutes of Love)

La première tentative de Chaplin comme scénariste et réalisateur (qu’elle soit une réalisation partielle ou complète reste un sujet de spéculation) est une simple comédie tournée dans un parc. Chaplin se souvenait dans son autobiographie qu’il avait tourné le film en une seule après-midi. La première scène de Charlot est mémorable : il voit un couple qui s’embrasse sur un banc public et parodie leur ardeur en embrassant un arbre. Sur un autre banc public, une femme exige un cadeau comme preuve d’amour de son fiancé. L’homme (Chester Conklin) vole une montre pour lui offrir. Charlot réussit à se procurer la montre auprès du pickpocket et la donne à la dame lui-même. Leur flirt et la possession de la montre sèment la pagaille dans le parc et tout le monde – sauf Charlot et la fille – termine dans le lac de Westlake Park. Chaplin se souvenait dans son autobiographie comment de simples airs lui donnaient des idées pour ses comédies. Pour Charlot et le chronomètre, « plein de bagarres et d’absurdités dans un parc avec des policiers et des bonnes d’enfants, j’ai inventé les situations en écoutant l’air de Too Much Mustard, un pas de deux populaire de 1914. » Chaplin a toujours revendiqué être auteur de l’intrigue et de la réalisation, ce qui semble confirmé par le fait qu’il retournera sur les mêmes lieux l’année suivante pour tourner Charlot dans le parc (In the Park).

Terminé et expédié le : 28 mars 1914
Sorti le : 20 avril 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Joseph Maddern/Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom caught in a cabaret

Charlot garçon de café (Caught in a Cabaret)

Charlie, serveur dans un café-dancing, se fait passer pour un dignitaire étranger dans une garden party, à la poursuite d’une débutante de la bonne société (Mabel Normand). Sa véritable identité est révélée lorsque la jeune fille et un groupe de ses amis partent pour s’encanailler dans un café où Charlie fait le service. Découvert et éconduit, Charlie reçoit ce qu’il mérite lors de la belle bagarre qui conclue la comédie. Le scénario de ce film de deux bobines, et peut-être la réalisation, ont été partagés par Chaplin et Normand. C’est l’une des rares comédies de Chaplin qui comporte des jets de tarte à la crème, l’un des gags favoris de la Keystone. Les thèmes de ce film – les différences de classe sociale, l’aspiration d’une personne modeste à une vie plus aisée – deviendront par la suite des sujets récurrents dans les films de Chaplin. Les situations et thèmes de ce film seront notamment revisités dans Charlot et le comte (The Count, 1916), Charlot patine (The Rink, 1916), Charlot et le masque de fer (The Idle Class, 1921) et Les Temps modernes (Modern Times, 1936), et Chaplin utilisera à nouveau un chien comme personnage majeur dans Charlot boxeur (The Champion, 1915) et Une vie de chien (A Dog’s Life, 1918).

Terminé et expédié le : 11 avril 1914
Sorti le : 27 avril 1914
Scénario : Mabel Normand/Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mabel Normand
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom caught in the rain

Un béguin de Charlot (Caught in the Rain)

Charlie flirte avec une femme mariée (Alice Davenport) dans un parc mais il doit battre en retraite face à Ambrose (Mack Swain), le mari offensé. De retour à son hôtel après un arrêt au saloon du coin, Charlie ivre se voit repoussé par une autre séduisante jeune femme qu’il poursuit. La chambre de Charlie fait face à celle d’Ambrose et de sa femme qui, somnambule, entre dans la chambre de Charlie. Effrayé plutôt que ravi, Charlie la ramène dans sa chambre et tente de retourner dans son lit sans qu’Ambrose ne s’en aperçoive. Surpris, il se réfugie sur le balcon, et des policiers le prennent pour un cambrioleur.

Un béguin de Charlot est une œuvre importante dans la carrière de Chaplin car c’est le premier film dont il signe seul le scénario et la réalisation. Chaplin se souvenait dans son autobiographie :

« Lorsque je commençai à mettre en scène mon premier film, je n’étais pas aussi confiant que je l’aurais cru ; j’étais même quelque peu affolé. Mais quand Sennett eut vu les résultats du premier jour de tournage, je fus rassuré. Le film s’intitulait Caught in the Rain (Un béguin de Charlot). Ce n’était pas un chef-d’œuvre du genre, mais c’était drôle et le film eut beaucoup de succès. »

Le film profita surtout des succès passés, car Un béguin de Charlot n’était pas une œuvre ambitieuse. La comédie commence dans un parc (comme Twenty Minutes of Love [Charlot et le chronomètre]) et se déplace rapidement dans un bar (une excuse pour Chaplin pour jouer son ivrogne, un succès garanti), et se termine dans un hall d’hôtel par le quiproquo des chambres (à la manière de Mabel’s Strange Predicament [L’Étrange aventure de Mabel]). Chaplin termine le film avec les Keystone Cops pour faire bonne mesure. Chaplin réutilisera des situations similaires dans A Night Out (Charlot fait la noce, 1915).

Terminé et expédié le : 18 avril 1914
Sorti le : 4 mai 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Madame Charlot (A Busy Day)

Chaplin gêne une équipe de prise de vue comme il l’a fait dans Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice), mais cette fois-ci, il est habillé en épouse acariâtre que ni son mari (Mack Swain), ni le réalisateur du film (Mack Sennett), ni le policier du quartier n’arrivent à contrôler. Madame Charlot a été filmé à Wilmington le 11 avril 1914 durant la cérémonie d’inauguration et le défilé célébrant l’agrandissement du port de Los Angeles.

Comédie d’une durée inférieure à une bobine, Madame Charlot est à l’origine sorti avec le film éducatif The Morning Papers.

Terminé et expédié le : 18 avril 1914
Sorti le : 7 mai 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une demi-bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Le Maillet de Charlot (The Fatal Mallet)

Charlot et un autre homme (Mack Sennett) se disputent les grâces d’une jeune femme (Mabel Normand). La compétition entre les deux hommes déclenche une violente bagarre, et ils se frappent et s’envoient des briques. Finalement, les deux hommes s’unissent contre un troisième admirateur (Mack Swain), avec encore des briques et une nouvelle arme : un maillet. La comédie se conclue avec Sennett et Normand partant ensemble après que les autres rivaux aient été poussés dans le lac.

L’une des comédies les plus rudimentaires de la période de Chaplin à la Keystone, elle fascine néanmoins à cause de l’interaction comique prolongée entre Chaplin et Sennett. Chaplin réutilisera les maillets comme arme comique dans Charlot dentiste (Laughing Gas), Le Vagabond (The Tramp, 1915), et Charlot cambrioleur (Police, 1916).

Terminé et expédié le : 16 mai 1914
Sorti le : 1er juin 1914
Scénario : Mack Sennett
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Le Flirt de Mabel (Her Friend the Bandit)

La seule comédie de Chaplin à la Keystone qui semble à jamais perdue. Chaplin y joue le bandit qui capture Count de Beans (Charles Murray), s’empare de ses habits de soirée et de son carton d’invitation, et se fait passer pour un aristocrate dans une élégante réception organisée chez Mrs. De Rocks (Mabel Normand). Charlie s’amuse énormément jusqu’à ce que les Keystone Cops arrivent. Moving Picture World écrivit dans sa critique que Chaplin et Charles Murray « jouent les personnages les plus amusants de cette farce un peu mince ; mais avec le rythme effréné que l’on trouve dans toutes les farces de ce genre. » Chaplin réutilisera les recettes de cette comédie pour des films ultérieurs tels que Charlot et le comte (The Count, 1916), Charlot patine (The Rink, 1916) et Charlot et le masque de fer (The Idle Class, 1921).

Terminé et expédié le : 22 mai 1914
Sorti le : 4 juin 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot et Fatty dans le ring (The Knockout)

Chaplin apparaît brièvement dans la deuxième bobine de cette comédie avec Roscoe Arbuckle. Il joue le rôle de l’arbitre trop zélé d’un combat de boxe qui vient à recevoir tous les coups de poing lors d’un combat entre Arbuckle et Edgar Kennedy. Chaplin a clairement contribué pour beaucoup à un scénario qui emprunte des fragments de sketches qu’il interprétait chez Karno (Mumming Birds mais aussi The Yap Yaps). Chaplin aimait les combats de boxe ; il assistera à des compétitions professionnelles de boxe jusque dans les années 30, et incorporera des scènes de boxe dans ses propres films Charlot boxeur (The Champion, 1915) et Les Lumières de la ville (City Lights, 1931). Le décor de la maison utilisé dans le film apparaîtra également dans Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie’s Punctured Romance).

Terminé et expédié le : 29 mai 1914
Sorti le : 11 juin 1914
Scénario : inconnu
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom mabel s busy day

Charlot et les saucisses (Mabel's Busy Day)

Mabel (Mabel Normand), vendeuse de hot-dogs, veut trouver une astuce pour entrer clandestinement sur un champ de course. Charlie, gredin miteux, a la même idée. Chaplin porte sa moustache habituelle et ses gros godillots, mais il arbore un chapeau melon couleur claire et une redingote façon vilain comique. Charlie harcèle plusieurs femmes tandis que Mabel a des difficultés pour vendre ses hot-dogs. Charlie en vole un – puis tout l’étalage – avant que le film ne se termine avec Chaplin et Mabel se consolant mutuellement à la fin de cette folle journée perdue au champ de course. Œuvre assez faible, Mabel’s Busy Day a été tournée au Ascot Park Speedway de Los Angeles, lors d’une course amicale spéciale le 17 mai 1914. Quelques plans sur les spectateurs de la course permettent ici encore d’apprécier les premières réactions du grand public devant les farces de Chaplin.

Terminé et expédié le : 30 mai 1914
Sorti le : 13 juin 1914
Scénario : inconnu
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom mabel s married life

Charlot et le mannequin (Mabel's Married Life)

Mabel et son mari (Chaplin) visitent un parc lorsqu’un goujat (Mack Swain) lui fait des avances effrontées. Les efforts infructueux de Charlie pour l’arrêter incitent Mabel à acheter un mannequin de boxe, espérant faire de son époux impuissant un homme capable de se défendre. Lorsque le mari, ivre, revient à la maison, il prend le mannequin pour le goujat du parc et se bagarre avec cet intrus. Mabel réussit finalement à convaincre son époux éméché que son adversaire n’est qu’un mannequin.

Charlot et le mannequin est l’une des comédies de la Keystone dans laquelle Chaplin, en haut-de-forme – au lieu de son chapeau melon habituel – interprète le marié. Il apparaît dans le rôle du mari dans d’autres films de la Keystone, Charlot et Fatty font la bombe (The Rounders), Charlot papa (His Trysting Place) et Charlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted), et se marie dans Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie’s Punctured Romance). Chaplin sera de nouveau un homme marié, avec deux petits garçons dans Une journée de plaisir (A Day’s Pleasure, 1919) et interprétera un mari dominé par sa femme dans Jour de paye (Pay Day, 1922).

Charlot et le mannequin est l’une des comédies de la Keystone tournées à Echo Park, situé à seulement cinq pâtés de maison au sud des studios Keystone. Le lac et le pont caractéristiques d’Echo Park sont aujourd’hui toujours là, pratiquement identiques à ce qu’ils étaient il y a un siècle.

Terminé et expédié le : 6 juin 1914
Sorti le : 20 juin 1914
Scénario : Charles Chaplin/Mabel Normand
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom charlot dentiste

Charlot dentiste (Laughing Gas)

Charlie est l’assistant d’un dentiste. Il fait des bourdes et maltraite les patients avant de se faire d’autres ennemis à la pharmacie d’à côté. De retour au cabinet dentaire, il remplace le « Dr. Pain » (Docteur Douleur), qui s’est absenté un moment, avant qu’une mêlée comique ne conclue le film.

Le film doit une partie de son inspiration à un sketch de Fred Karno que connaissait Chaplin, mais qu’il n’avait jamais joué durant sa carrière, The Dentist, bien que la dentisterie et l’extraction des dents aient été une source d’humour depuis l’époque de la commedia dell’arte. Chaplin détestait les dentistes et la médecine dentaire, et sa famille a de nombreux souvenirs des difficultés pour lui faire accepter même de rares visites chez un dentiste dans ses dernières années. Chaplin tiendra également des propos désobligeants sur la médecine dentaire dans le rôle du Roi Shadov dans son avant-dernier film, Un roi à New York (A King in New York, 1957).

Les pitreries agressives de Chaplin dominent la comédie, même si le moment le plus charmant du film reste celui où il flirte avec une jolie patiente, utilisant les pinces du dentiste pour lui tenir le nez et lui voler quelques baisers.

Terminé et expédié le : 26 juin 1914
Sorti le : 9 juillet 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot garçon de théâtre (The Property Man)

Charlie est accessoiriste dans un théâtre de vaudeville et doit se plier aux exigences des différents artistes – les comédiennes « The Goo-Goo Sisters », l’homme-fort « Garlico », et les artistes de sketches dramatiques « George Ham et Lena Fat ». Les répétitions et la première représentation se passent mal, et le film se termine lorsque Charlie met fin à une discussion en arrosant la troupe et le public avec une lance à incendie.

La première comédie de deux bobines de Chaplin en tant que réalisateur, scénariste et acteur principal s’inspire du sketch de Karno Mumming Birds, en particulier le burlesque des épouvantables numéros sur scène.

Charlot garçon de théâtre est le premier film de Chaplin dont l’action se déroule dans un music-hall ou un théâtre de vaudeville. Il retournera par la suite dans le monde du théâtre pour les films Charlot au music-hall (A Night in the Show, 1915), Une vie de chien (A Dog’s Life, 1918) et Les Feux de la rampe (Limelight, 1952).

Bien que la plupart des comédies Keystone soient un peu violentes les critiques citent souvent Charlot garçon de théâtre comme particulièrement cruelle. Le premier reproche a été exprimé par Moving Picture World : « Il y a de la brutalité dans ce film, et nous ne pouvons nous empêcher de trouver cela répréhensible. Quel être humain peut voir un vieil homme recevoir un coup de pied au visage et trouver cela drôle ? » Manifestement, la manière dont Charlie traite le vieil assistant accessoiriste, ainsi que celle dont Garlico traite Charlie, touchèrent un point sensible pour le public, même s’il ne s’agit à l’évidence que de caricatures, et que les acteurs en sont des clowns parfaitement entraînés à ce genre de numéro.

Terminé et expédié le : 20 juillet 1914
Sorti le : 1er août 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot artiste peintre (The Face on the Bar Room Floor)

Chaplin parodie la ballade The Face Upon the Floor de Hugh Antoine d’Arcy, qui évoque un peintre autrefois prospère, que sa bien-aimée Madeleine (Cecile Arnold) quitte pour un autre homme. Il sombre dans le dénuement par désespoir et finit en dessinant son visage sur le sol du bar. Charlie, dans le rôle de l’artiste ivre au cœur brisé, raconte ses malheurs dans une taverne à travers une série de flash-back. Mais à la fin, le dessin du visage de sa bien-aimée sur le sol du bar est si lamentable que les clients finissent par le jeter dehors.

L’un des films de Chaplin à la Keystone dont le ressort comique est le moins intéressant. Charlot artiste peintre est néanmoins un précieux témoignage de l’une des premières parodies d’une œuvre littéraire à Hollywood. La technique du flash-back pour la narration du film est peu commune chez Chaplin ; il ne l’utilisera que deux fois dans des films ultérieurs : Charlot soldat (Shoulder Arms, 1918) et Les Feux de la rampe (Limelight, 1952).

Terminé et expédié le : 20 juillet 1914
Sorti le : 10 août 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Fièvre printanière (Recreation)

Cette comédie filmée dans un parc, tournée en une seule journée, est centrée sur le Vagabond, sa rencontre avec une jolie jeune femme, son petit ami marin et des policiers. Tout le monde se retrouve dans le lac.

Comédie d’une durée inférieure à une bobine, le film est à l’origine sorti avec le film éducatif The Yosemite.

Terminé et expédié le : 21 juillet 1914
Sorti le : 13 août 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une demi-bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom charlot grande coquette

Charlot grande coquette (The Masquerader)

Dans cette merveilleuse comédie, Chaplin interprète malicieusement son propre personnage. On le voit d’abord en costume de ville – et sans maquillage – entrer aux Studios Keystone. Après avoir appliqué son maquillage habituel et mis son costume de Vagabond, il flirte avec deux jolies filles, rate son entrée, et gâche deux fois de suite la scène en cours de tournage. Il est d’abord remplacé, puis finalement renvoyé par le réalisateur. Mais l’astucieux Charlie revient au studio déguisé en ravissante jeune femme, et est engagé immédiatement comme « actrice principale ». Charlie reprend rapidement son maquillage et son costume de vagabond, révèle l’imposture et se retrouve poursuivi à travers le studio. Il finit au fond d’un puits après l’échec de son stratagème.

Charlot grande coquette est la deuxième de trois comédies dans lesquelles Chaplin se déguise en femme. La première, Madame Charlot (A Busy Day), montrait un Chaplin en travesti grossier jouant une épouse acariâtre. Dans la dernière Mam’zelle Charlot (A Woman, 1915), il développa encore davantage le thème d’une transformation réussie du vagabond en créature douce, féminine et séduisante. Charlot grande coquette a pour cadre un studio de cinéma, de même que Charlot fait du cinéma (A Film Johnnie, 1914), Charlot débute (His New Job, 1915) ou encore Charlot fait du ciné (Behind the Screen, 1916).

Terminé et expédié le : 12 août 1914
Sorti le : 27 août 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom his new profession

Charlot garde-malade (His New Profession)

Un jeune homme (Charles Parrott, qui deviendra le très célèbre Charley Chase) embauche Charlot pour s’occuper de son oncle, cloué dans un fauteuil roulant, pendant qu’il passe du temps avec sa petite amie. Charlot place un panneau « aidez un paralysé » sur l’homme endormi pour récolter de l’argent rapidement et se payer un verre. Il abandonne le vieil homme dès la première pièce et entre dans un bar de la jetée. Après quelques verres, Charlie retourne au travail avec encore moins d’enthousiasme qu’auparavant. L’oncle au pied goutteux manque de tomber à la mer à deux reprises. Charlie flirte avec la petite amie du neveu et la comédie atteint son paroxysme lors d’une bagarre impliquant Charlie, le neveu, deux policiers et la jeune fille, et se conclue lorsque Charlie vole celle-ci au neveu.

Tourné en extérieur à Venice et à Ocean Park, Californie, Charlot garde-malade anticipe le traitement que Charlie fait subir à un Eric Campbell qui souffre de la goutte dans Charlot fait une cure (The Cure, 1917). C’est le premier film à montrer l’intérêt de Chaplin pour la National Police Gazette - un tabloïd notoire pour ses articles sur le crime, le sport, le théâtre et le péché en générale et illustré par de belles planches dessinées – qui réapparaîtra comme lecture favorite dans Le Kid (1921) et sera cité comme référence dans Les Feux de la rampe (Limelight, 1952).

Terminé et expédié le : 14 août 1914
Sorti le : 31 août 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom charlot et fatty font la bombe

Charlot et Fatty font la bombe (The Rounders)

« Rounder » en anglais est un terme ancien qui signifie ivrogne (on pense qu’il provient de « round of drinks » : une tournée), quoique la signification un peu obsolète de « débauché » pourrait tout aussi bien décrire les deux personnages principaux de cette superbe comédie. M. Full (Chaplin) et M. Fuller (Roscoe Arbuckle) sont deux épouvantables ivrognes qui boivent à la maison et au café poursuivis par deux épouses en colère. Ils s’enfuient finalement au parc, et finissent dans une barque qui coule à pic au fond du lac d’Echo Park.

Dans Charlot et Fatty font la bombe, Chaplin et Arbuckle firent véritablement équipe : leurs six autres tournages - A Film Johnnie, Tango Tangles, His Favourite Pastime, The Knockout, The Masquerader et His New Profession – ne leur avaient pas permis d’avoir beaucoup d’interaction comique. Arbuckle rendit plus tard hommage à Chaplin avec ce commentaire : « J’ai toujours regretté de ne pas avoir été son partenaire dans un film plus long que ces bandes d’une bobine tournées si rapidement. C’est un artiste complet, de génie sans aucun doute, l’unique de notre époque et le seul dont on parlera encore dans un siècle. »

Meilleur rôle d’ivrogne de Chaplin pour la Keystone, Charlot et Fatty font la bombe anticipe son association avec Ben Turpin dans Charlot fait la noce (A Night Out, 1915) et avec Harry Myers dans Les Lumières de la ville (City Lights, 1931).

Terminé et expédié le : 21 août 1914
Sorti le : 7 septembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin/Roscoe Arbuckle
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom the new janitor

Charlot concierge (The New Janitor)

Charlie est le gardien d’un immeuble de bureaux, et ne fait que des bêtises. Renvoyé, il s’apprête à partir lorsque la sténographe l’appelle à l’aide. Il revient pour empêcher un vol, sauve la jolie jeune femme et capture l’employé de bureau voleur. L’héroïque Charlie est récompensé et tout se termine bien.

Charlot concierge est l’une des réalisations les plus subtiles et importantes de Chaplin à la Keystone. Chacune de ces comédies était l’occasion pour lui de tester de nouvelles idées. Charlot concierge marque une progression très nette en termes narratifs, et l’émergence de l’utilisation du sentiment dans la comédie. Chaplin fera une remake de Charlot concierge l’année suivante en le développant sous le titre The Bank (1915).

En plus du sentiment, Chaplin expérimente la comédie à sensations fortes (lorsqu’il est sur l’appui d’une fenêtre et dans un plan, suspendu à l’immeuble Marsh-Strong entre 9th Street et Main Avenue à Los Angeles), deux ou trois ans avant que les acrobaties dangereuses ne deviennent populaires dans les comédies. Plus porté sur la tendresse et les sentiments, il ne reviendra aux grandes sensations que dans La Ruée vers l’or (The Gold Rush, 1925) et Le Cirque (The Circus, 1928), tirant directement les conséquences de la popularité des acrobaties d’Harold Lloyd.

Terminé et expédié le : 3 septembre 1914
Sorti le : 24 septembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom those love pangs chaplin

Charlot rival d'amour (Those Love Pangs)

Charlie et Chester Conklin rivalisent pour s’attirer les grâces de toutes les femmes rencontrées ensemble, que ce soit leur logeuse ou une jolie femme croisée dans le parc. Démoralisé par ses échecs, Charlie tente de se suicider en sautant dans le lac ; un policier l’en empêche, et il redouble de rivalité avec Chester. Alors qu’il profite des faveurs de deux dames (à la vertu apparemment légère), Chester est mis KO par Charlie qui suit les deux femmes dans un Nickelodeon. Il y est rejoint par Chester et un autre homme qui l’attrapent et le propulsent à travers l’écran.

Selon Mack Sennett, Chaplin commença Charlot rival d’amour avec à peine plus que l’idée d’une rivalité entre Charlie et Chester à la poursuite de leur logeuse. Charlie développa l’idée des deux hommes travaillant dans une boulangerie-café. Cela suggéra tant de bonnes scènes comiques qu’elle devient la comédie de deux bobines Charlot mitron (Dough and Dynamite), laissant Charlot rival d’amour sous la forme d’une redite médiocre de Charlot aime la patronne (The Star Boarder), comédie située dans un parc similaire à Charlot et le chronomètre (Twenty Minutes of Love), et se terminant avec une séquence au Nickelodeon rappelant Charlot fait du cinéma (A Film Johnnie). Cependant, les petits détails de l’interprétation de Chaplin rendent le film remarquable. Il utilise sa canne comme une extension de lui-même (le crochet de la canne peut tirer Chester ou envoyer un homme dans le lac.) Chaplin se sert également de sa canne en bambou pour se curer les ongles ou comme un cure-dent. A la Keystone, Chaplin réussit à faire un art d’un simple coup de pied sur une cigarette au bout de la chaussure ; un excellent exemple apparaît dans ce film, dont le meilleur moment reste la scène dans le Nickelodeon : Charlie, les bras entourant les deux femmes, continue de flirter en utilisant ses pieds, dans une extase enfantine.

Terminé et expédié le : 19 septembre 1914
Sorti le : 10 octobre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot mitron (Dough and Dynamite)

Charlot mitron est peut-être la comédie de deux bobines la plus remarquable et la plus rentable que Chaplin ait réalisée à la Keystone dans son ascension vers la célébrité. Selon Chaplin, le film, tourné en neuf jours, dépassa de 800 dollars le budget alloué de 1000 dollars, mais rapporta plus de 135 dollars lors de sa première année de distribution. Charlot mitron a longtemps été considérée comme l’une des plus grandes comédies muettes de Hollywood.

Chaplin et Chester Conklin jouent des serveurs dans une boulangerie-café. Leur employeur grincheux les force à faire cuire le pain alors que les boulangers se sont mis en grève. Les grévistes placent secrètement un bâton de dynamite dans un pain que Charlie place innocemment dans le four. L’explosion de la boulangerie-café conclue le film, laissant tous les protagonistes hagards et confus au milieu des décombres. La dernière image montre Charlie en gros plan s’extirpant avec difficulté d’une montagne de pâte à pain.

Au-delà de la comédie à succès, Charlot mitron fait allusion aux problèmes du moment entre patronat et syndicat à Los Angeles. Le syndicat municipal des boulangers exigeait pour ceux-ci de meilleures conditions de travail. Le dernier plan du film – Charlie émergeant de la pâte gluante – anticipe la conclusion de Charlot apprenti (Work, 1915). Des grévistes en colère réapparaissent également dans Charlot fait du ciné (Behind the Screen, 1916) et dans Les Temps modernes (Modern Times, 1936).

Terminé et expédié le : 18 septembre 1914
Sorti le : 26 octobre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot et Mabel aux courses (Gentleman of Nerve)

Chaplin joue M. Wow Wow (et s’inspire à nouveau d’un sketch de Karno, The Wow Wows), un empêcheur de tourner en rond, dans cette petite comédie, filmée en partie au Ascot Park Speedway (comme Charlot et les saucisses) le 20 septembre 1914 pour profiter d’une course amicale de bienfaisance. La meilleure séquence du film montre M. Wow Wow assis à côté d’une jeune femme séduisante et qui subtilise des gorgées de sa bouteille de soda avec une paille. Chaplin réutilisera plus tard cette situation pour la séquence de la pause déjeuner dans Charlot fait du ciné (Behind the Screen, 1916).

Terminé et expédié le : 7 octobre 1914
Sorti le : 29 octobre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot déménageur (His Musical Career)

Charlot est engagé comme déménageur de piano. Sa mission est de livrer un piano au 666 Prospect Street, et de prendre possession d’un autre au 999. Le déménageur de piano (Mack Swain) et son nouvel assistant partent dans une carriole tirée par un âne, intervertissent les numéros, faisant l’inverse de ce qui leur est demandé. Le film se conclue avec le piano glissant au bas d’une rue escarpée et coulant à pic dans le lac voisin.

Charles Parrott joue le propriétaire du magasin de pianos : c’est l’un des nombreux rôles joués par Parrott dans les comédies Keystone de Chaplin avant de devenir célèbre sous le nom de Charlie Chase, dans les comédies novatrices du producteur Hal Roach. Un autre lien notable avec Roach réside dans le fait que la comédie de Chaplin sert de précurseur – sinon de prototype – pour la comédie de trois bobines de Laurel et Hardy The Music Box (1932), produite par Hal Roach et réalisée par James Parrott (le frère cadet de Charles), qui gagna le premier Oscar dans la catégorie du meilleur sujet de court-métrage (comique).

En dehors de ses apparitions avec Chaplin dans les comédies Keystone, Mack Swain apparaîtra plus tard dans les films suivants de Chaplin : Charlot et le masque de fer (The Idle Class, 1921), Jour de paye (Pay Day, 1922), Le Pèlerin (The Pilgrim, 1923), et dans le rôle de Big Jim McKay days La Ruée vers l’or (The Gold Rush, 1925), le rôle le plus connu de toute sa carrière.

Terminé et expédié le : 17 octobre 1914
Sorti le : 7 novembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom his trysting place

Charlot papa (His Trysting Place)

Les disputes conjugales entre Charlie et sa femme (Mabel Normand) contrastent avec l’harmonie qui règne entre Ambrose (Mack Swain) et sa femme (Phyllis Allen). Les deux hommes se rencontrent et, après une altercation dans un restaurant, prennent chacun le manteau de l’autre par erreur. Mabel trouve une lettre d’amour dans la poche du manteau d’Ambrose, et croit que son mari a une maîtresse. La femme d’Ambrose trouve un biberon dans la poche du manteau de Charlie, et croit que son mari a un enfant illégitime. La confusion se poursuit dans un parc, Charlie et Mabel finissent par se réconcilier, mais Ambrose reste dans le même pétrin conjugal.

Charlot papa est l’un des meilleurs films de deux bobines de Chaplin pour la Keystone du point de vue de sa structure narrative, sa mise en scène et son montage. Mais la peinture cruelle du personnage de Charlot est très éloignée du petit vagabond de ses futures chefs-d’œuvre, tels que Le Kid (1921), où la relation parent-enfant est tendre et affectueuse. Dans Charlot papa, Charlie tient Peter, son fils cadet, par le fond de culotte de sa barboteuse, lui permet de jouer sur le sol avec un véritable revolver, et le place avec indifférence tout près d’une poêle dangereusement brûlant. Comme Mack Sennett le mentionne dans son autobiographie, Chaplin « anticipe W.C. Fields, de nombreuses années avant lui, avec les scènes où il fait rire tout en étant méchant avec un bébé. » L’indifférence avec laquelle il traite son jeune fils dans cette comédie préfigure le policier que joue Chaplin dans Charlot policeman (Easy Street, 1917), qui nourrit la progéniture d’une famille dans le besoin comme des poulets, ou encore le vilain garnement du Pèlerin (The Pilgrim, 1923), à qui Charlot assène un coup de pied bien mérité.

Terminé et expédié le : 1er octobre 1914
Sorti le : 9 novembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



Zoom getting acquainted

Charlot et Mabel en promenade (Getting Acquainted)

Charlie et Mabel échappent à leur conjoint respectif (Phyllis Allen et Mack Swain) pour flirter dans un parc. Dernière œuvre de Chaplin pour la Keystone, Charlot et Mabel en promenade a été filmé au Westlake Park en une seule journée. Malgré des similarités avec des comédies antérieures, elle est néanmoins mieux structurée et réalisée que les œuvres précédentes de Chaplin situées dans un parc, et évite les effets tels que les jets de briques, les jets de tartes à la crème ou le sempiternel final où tout le monde tombe dans le lac.

Terminé et expédié le : 22 novembre 1914
Sorti le : 5 décembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : une bobine

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Charlot nudiste (His Prehistoric Past)

La découverte en 1912 de l’Homme de Piltdown (les restes supposés d’un homme préhistorique jusqu’alors inconnu qui s’avéra plus tard un canular paléontologique) et d’autres découvertes préhistoriques de l’époque créèrent un énorme intérêt du public pour les origines de l’humanité. Man’s Genesis (1912), drame d’une bobine réalisé par D.W. Griffith pour la Biograph, misa sur cette curiosité, mais devint rapidement matière à parodie comique.

Chaplin structura Charlot nudiste, sa dernière comédie de deux bobines pour la Keystone, avec le procédé du rêve issu du sketch de Karno Jimmy the Fearless. Le Vagabond s’endort sur un banc public et rêve qu’il est un homme des cavernes. Chaplin se souvenait dans son autobiographie :

« Dans Charlot nudiste, je commençais avec un gag, qui marquait mon entrée en scène. J’apparaissais vêtu comme un homme préhistorique d’une peau d’ours et, tout en examinant le paysage, je me mettais à arracher des poils de la peau d’ours pour bourrer ma pipe. C’était une idée suffisante pour nous lancer dans une comédie préhistorique, avec amour, rivalité, combat et poursuite. Telle était la méthode de travail que nous appliquions tous chez Keystone. »

Les exploits de Charlot se terminent brusquement lorsqu’un policier (joué par Sydney Chaplin, le demi-frère aîné de Charlie) lui ordonne de quitter le banc et le fait partir par la force.

Chaplin réutilisera les séquences de rêve – avec un réveil brutal – dans The Bank (1915), Shoulder Arms (1918), Sunnyside (1919), The Kid (1921), The Idle Class (1921), The Gold Rush (1925), Modern Times (1936), et Limelight (1952).

Terminé et expédié le : 31 octobre 1914
Sorti le : 7 décembre 1914
Scénario : Charles Chaplin
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Charles Chaplin
Durée : deux bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS



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Le Roman comique de Charlot et Lolotte (Tillie's Punctured Romance)

La première comédie de long-métrage produite à Hollywood, Tillie’s Punctured Romance, était destinée à mettre en valeur la vedette Marie Dressler. Le personnage de Tillie était inspiré de la comédie musicale de 1910 intitulée Tillie’s Nightmare (de A. Baldwin Sloane et Edgar Smith), un gros succès de Dressler à Broadway.

On fit signer un contrat de douze semaines à Marie Dressler lui garantissant un salaire hebdomadaire de 2.500 dollars. Le tournage dura approximativement 45 jours ouvrables sur une période de huit semaines, du 14 avril 1914 au 9 juin 1914 (en incluant la post-production). Il fallut quatorze semaines pour achever le film, pour un coût de 50.000 dollars. Ce fut une production compliquée pour le producteur-réalisateur Mack Sennett. Il se souvint plus tard qu’en plus du tournage du long-métrage : « je devais continuer à produire un flux continu de courts métrages comiques chaque semaine. Cela signifiait que je n’avais jamais la distribution complète de Tillie pour travailler ensemble un jour donnée. Un ou deux d’entre eux était constamment absents à tourner dans des films de deux bobines. » En effet, Chaplin devait jouer dans cinq comédies durant la production de Tillie’s Punctured Romance : The Fatal Mallet, The Knockout, Her Friend the Bandit, Mabel’s Busy Day et Mabel’s Married Life.

Tillie Banks (Dressler) est une fille de la campagne qui, poussée par un escroc (Chaplin), est amenée à voler l’argent de son père et à s’enfuir avec lui en ville. Une fois arrivés, l’escroc prend son argent et l’abandonne pour Mabel (Mabel Normand). Lorsqu’il apprend que Tillie est la seule héritière d’une grosse fortune, l’escroc la retrouve, l’épouse, et profite de la belle vie jusqu’à ce que la fortune dont Tillie a hérité soit dilapidée. Une course-poursuite s’ensuit quand Tillie surprend l’escroc dans une situation compromettante avec Mabel.

Bien que Chaplin n’ait qu’un rôle secondaire dans ce film, Tillie’s Punctured Romance lui profitera plus qu’à quiconque lorsque le film sera projeté pour la première fois lors d’une présentation corporative en novembre 1914. Presque tous les producteurs de cinéma le sollicitèrent ensuite pour lui faire miroiter des contrats. Tillie’s Punctured Romance fut un énorme succès populaire lors de sa sortie sur les écrans, et Chaplin fut complimenté pour son apport considérable à la réussite du film. Moving Picture World écrivit : « Chaplin surpasse Chaplin, et c’est aussi simple que ça. Sa merveilleuse glissade sur le pied droit est aussi drôle dans la dernière que dans la première bobine. » et Variety repris : « Miss Dressler est le personnage principal, mais les pitreries de Chaplin devant la caméra sont les ingrédients essentiels de la réussite du film. » Mais Chaplin n’aime pas beaucoup le film. Dans son autobiographie, il en fait peu de cas : « Ce fut agréable de travailler avec Marie, mais je pensais que le film ne valait pas grand-chose. »

La Mutual Film Corporation n’était pas équipée pour sortir des longs métrages. Ce fut donc le seul film de Chaplin produit par la Keystone distribué par une compagnie créée depuis peu, l’Alco Film Corporation. Tillie’s Punctured Romance sera distribué en salles – abrégé sans cesse et plus tard avec des effets sonores additionnels – jusque dans les années 40.

Terminé et expédié le : 4 décembre 1914
Première : 21 décembre 1914 au Republic Theater, Los Angeles
Scénario : Mack Sennett
Producteur : Mack Sennett
Réalisateur : Mack Sennett
Durée : six bobines

By Jeffrey Vance, adapted from his book Chaplin: Genius of the Cinema (New York, 2003) (c) 2009 Roy Export SAS